I Culori d'Umani Associu pè una Fundazione di Corsica  
 

Jacqueline Torrès

I Culori d'Umani  

De sel, de sable et d’ombre…

Par quel étrange destin Jacqueline Torres a-t-elle été conduite des rives de l’extrême outre-atlantique à celles de la terre tunisienne, cette fervente et venteuse frontière entre orient et occident ? et de quel fil têtu a-t-elle été la prisonnière pour se retrouver en ce lieu magique et secret, le mausolée de Sidi Kacem El Jelizi ?

Les histoires des artistes sont toujours singulières.
Jacqueline Torres est américaine, et son beau visage d’ambre avoue ses origines hispaniques. Faudrait-il y chercher la source lointaine de sa vocation de céramiste et de son intérêt sans cesse renouvelé pour ses métamorphoses ?

La céramique, ce travail de la terre et du feu né des profondeurs de l’histoire humaine, recèle un mystère vertigineux. L’art du potier définit le champ du mythe, celui des origines de l’humanité. L’historien des religions Mircéa Éliade le signale dans son ouvrage Forgerons et alchimistes (1): le métier de potier est le prototype de l’homo faber, et son expérience démiurgique a un caractère exemplaire. Parce qu’il renouvelle métaphoriquement l’acte primordial de la Création, le potier, dans bien des civilisations est aussi un prêtre, et tous les gestes qu’il accomplit dans l’exercice de son savoir-faire , s’entourent d’un rituel qui le sacralise . Il y a une dimension sacerdotale dans un métier qui préside à la transformation du cru en cuit par le passage de la pièce tournée à sa cuisson. La cuisson est le grand art du potier. Elle vient couronner son expérience formelle par l’émergence de la couleur. Art de l’émaillage qui préside à la mutation du potier en céramiste.

Jacqueline Torres est de cette famille. Elle est céramiste, certes, et sa curiosité lui en a fait éprouver toutes les techniques, de la Bohème à la Chine. Mais elle est aussi sculpteur et designer, créatrice en un mot d’êtres et d’objets aussi déconcertants que fascinants, qui accompagnent son parcours en serviteurs muets, en esclaves obéissants et immobiles.

Mais ni les Dolls ni les Moines, ces figures de porcelaine fragiles et impérieuses, n’ont été conviées à la célébration de l’exposition intitulée « Entre deux lignes… ». Entre deux lignes. Entre deux mondes. Entre deux espaces.

Au cœur de ce territoire sacramentel qu’est le mausolée de Sidi Kacem El Jelizi, se dessine un itinéraire fraternel, celui de Jacqueline Torres auquel répond celui de Mohamed Hachicha. Itinéraire qui unit en une même et profonde finalité l’hommage que ces deux artistes rendent à la haute figure historique et symbolique de Sidi Kacem El Jelizi, maître céramiste et saint.

Ce que l’on sait de ce dernier suffit à susciter l’imagination. Chassé par la Reconquista de ce royaume andalou qui a marqué le Siècle d’Or espagnol, Sidi Kacem El Jelizi se réfugie en Tunisie. Il emporte avec lui les secrets de la cuerda seca , ce trait noir qui enserre la polychromie du carreau de céramique et lui accorde son ossature géométrique et sa puissance expressive. Héritière de l’art céramique andalou, la céramique tunisienne doit à Sidi Kacem El Jelizi son rayonnement, sa perfection technique, et le savoir-faire de ses artisans. Comment ne pas être touché de cette aventure qui s’est jouée de la fureur des hommes ? Comment ne pas percevoir en la singularité de ce destin, le signe d’une lumière qui se perpétue ?

Toute aventure créatrice est aussi une aventure spirituelle. Comme autant d’étapes méditatives nous sommes invités à suivre les sonorités puissantes des tambours de Jacqueline Torres, arrimés à la terre. Tambours de ce noir qui fait surgir la substance profonde et sombre de toute chose, et qui nourrit toute couleur. Ou bien à lever les yeux vers un ciel improbable en suivant l’axe vertical de ses colonnes. Ou bien aussi à scruter leurs surfaces lisses ou grumeleuses portant les énigmes du temps. D’un temps rêvé, d’un temps vécu ...

Pour cette symphonie lithique écrite à plusieurs mains –celles de Jacqueline, celles de Mohamed, celles de leurs compagnons artisans – viennent, en contrepoint,les œuvres de Mohamed Hachicha, qui dévoilent à travers la délicatesse de ses lustres, la calligraphie élégante d’un poème… Courbes sinueuses où le sens disparaît pour qui ne lit pas l’arabe, mais qui ouvre à l’imaginaire un territoire inconnu. Entre deux lignes.

Lignes de partage et d’amitié
Lignes convergentes qui au terme s’entrelacent…
Et c’est en quoi cet hommage restera précieusement unique .

Sylvie Forestier

(1) Mircéa Éliade Forgerons et alchimistes,
Paris Flammarion 1956, rééd. 1977


A Jacqueline

Elle court, elle court
La cuerda seca
Tout autour des deux rives
Elle court, elle court
Fil de nuit, d’ombre
Et de rêves
Enserrant en ses filets
Les émaux de lumière et de feu
Elle court, elle court
D’Andalousie à Fès
A saute- moutons par- dessus les nuages
Vers les sables venteux de Sidi Bou Saïd
Elle court, elle court
La perle d’Occident vers l’Orient joyeux
Enlevée par un Sage
Pour qu’elle puisse renaître
Sous les doigts agiles d’artisans inspirés
Elle court, elle court
Et chante les jardins d’Alhambra
Le murmure des fontaines propices aux
Amoureux
Elle court et rencontre une fille
Venue d’Outre Océan
Qui l’enroule à son cou et s’en fait un collier

Sylvie Forestier


Il me revient parfois

Il me revient parfois à la saison des transhumances
une soif de pays sans cartes ni barbelés
un désir de terre à façonner comme glaise
redonner souffle aux choses mortes
faire vivre les pierres au-dedans de moi-même
afin que se bâtisse un cloître de soleil
où les haies d’herbes folles seraient une prière
et la branche brisée une chanson d’été

Claude Bénaby

 

Retour | Voir l'oeuvre 

 

   
   

 

 

Accueil | Actualités | Présentation | Les artistes | Citoyens du monde | Diaporama | Expositions | Vidéos | Presse
L'AFC | La Fondation UMANI | Partenaires | Contacts | Livre d'or | Liens | Vente aux enchères

                                                                                                                                                                                      Webmaster © wsylvie